samedi 3 juin 2017

Luther au Café

Pourquoi parler encore aujourd'hui de Martin Luther ? Le pasteur Alain Joly et moi-même nous cosignons un débat sur la personnalité, le message et l'héritage que laisse le réformateur allemand cinq siècles après qu'il ait mis en cause la pratique des indulgences en placardant 95 thèses sur la porte de la chapelle de Wittenberg. Geste médiéval ? Querelle dépassée ? Luther, pour quiconque l'approche encore, est un vivant. Il a quelque chose à dire non seulement aux luthériens, mais aussi aux catholiques et à tous ceux qui cherchent Dieu, comme le soulignait le pape Benoît XVI à Eisleben. Il bouscule notre confort intellectuel et spirituel.

Alain Joly et moi même, nous serons heureux d'évoquer nos accords et nos désaccords sur cette figure haute en couleur en continuant notre débat devant vous puis avec vous, car toutes vos questions seront les bienvenues.


Le livre, rédigé en débat avec François Huguenin et Serge Sarkissian, s'intitule Martin Luther, le défi de la transgression, éd. Onésime 2000

dimanche 28 mai 2017

Mise au point sur la FSSPX

Il y a trois semaines, j’ai parlé 40 minutes à l’AFP, qui n’en a retenu que deux phrases : celles où j’explique que Mgr Fellay a un intérêt personnel à la réintégration de la FSSPX. 

Je maintiens et je développe : depuis le début, Mgr Fellay est « dans le cockpit », économe général avant même son ordination, évêque a 30 ans, supérieur général depuis si longtemps que la plupart de ses prêtres n’ont connu que lui. Son mandat actuel s’achève l’an prochain, mais si la FSSPX devient entre-temps une prélature personnelle, il n’aura plus à se préoccuper d’être réélu : elle sera comme son diocèse personnel, aussi longtemps qu’il durera.

Voilà qui peut expliquer les évolutions de Mgr Fellay sur la question. Je fais partie de ceux qui l’ont connu dans d’autres dispositions, je n’en ferai pas l’exégèse mais au fond les « mutins » les plus récents sont sanctionnés pour dire aujourd’hui que la FSSPX disait au début du siècle. Ce que leur reproche Mgr Fellay, c’est de continuer à prendre au sérieux, en 2017, ses propos de l’époque.

La réciproque est vraie et nous sommes quelques-uns à avoir été débarqués pour avoir pensé un peu trop tôt (et peut-être un peu trop haut) que la FSSPX ne devait pas développer une mentalité obsidionale.

Cependant, Dieu écrit droit avec nos lignes courbes. Je vous ai dit que l’AFP n’avait retenu qu’une minute de mes quarante, voici les 39 autres : Tôt ou tard la FSSPX sera réintégrée. Dans les faits c’est déjà le cas, le pape François ayant donné ce qui lui manquait encore : juridiction pour les confessions, et pour les mariages, la licéité de ses ordinations, et le pouvoir de juger ses prêtres en 1re instance.

Reste un dernier « coup de tampon » que la Fraternité acceptera parce que Rome accorde tout et ne demande rien en échange. La FSSPX insiste depuis toujours qu’elle est une œuvre d’Eglise, et voilà que le pape partage cette conviction – que demander de plus?

Je m’en réjouis pour la FSSPX, qui est le navire amiral du traditionalisme. JE M’EN REJOUIS SURTOUT ET ENCORE PLUS POUR L’EGLISE, qui depuis quelques années se réapproprie sa Tradition, par des petits pas… parfois décisifs. La libération de la messe traditionnelle est l’un d’eux, et la réintégration de la FSSPX en est un autre (plus de 600 prêtres… 1.500 personnes si on compte les religieux, les sœurs, et les communautés amies). Rome réintègre sa Tradition ! tout est dit, je m’en réjouis et vous aussi bien sûr.

jeudi 25 mai 2017

L'Ascension, une "non-fête" ?

Rien depuis la semaine sainte, rien depuis Pâques et nous voilà déjà à l'Ascension. Cette fête m'a toujours beaucoup marqué pour deux raisons : je me souviendrai toute ma vie du sermon du Père Huot de Longchamp sur l'Ascension qui signifie "cette vie commune entre Dieu et nous". Ces termes m'avaient proprement ravi, j'avais un peu plus de 20 ans et je n'avais pas compris ce dessein de Dieu. L'expression du Prédicateur fait écho à l'Evangile de ce jour : "Je m'en vais vous préparer une place, dit Jésus. Il y a des demeures, nombreuses, dans la maison de mon Père". Demeurer avec Jésus, c'est à quoi nous invitera, dans dix jours, l'Evangile de la Pentecôte : "Celui qui m'aime, mon Père l'aimera et nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure".

En même temps cette fête de la vie commune apparaît comme une anti-fête, parce que Jésus se sépare de nous et que cette séparation, sur terre, est définitive. La liturgie traditionnelle, toujours éloquente dans sa simplicité, propose un petit rituel que je ne manque jamais : après l'Evangile le célébrant éteint solennellement le cierge pascal, qui représente le Christ ressuscité. Pendant le temps de Pâques, le cierge est allumé à chaque messe, car c'est bien Jésus ressuscité qui se rend présent avec son corps et son sang visiblement séparé l'un de l'autre, avec ses plaies apparentes sur son corps glorieux, comme a pu le constater l'apôtre Thomas. Mais lorsque Jésus monte au Ciel, le cierge est solennellement éteint, on ne le rallume plus pendant la messe. Désormais le Ressuscité est assis à la droite de Dieu. Il n'est plus sur la terre.

Cette disparition du Christ, qui nous envoie son Esprit est très difficile. Notre quotidien croyant devient très difficile. L'Esprit on ne le voit pas, il agit silencieusement à l'intérieur de nous, Il nous transforme, mais c'est en secret. Il est partout, "à Jérusalem, dans toute la Judée, la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre"... mais le plus souvent incognito, répandant à l'intime de chacun, la foi surnaturelle, signe divin du bien humain. Le Christ n'est plus visible, ne sera plus visible sur cette terre, où pourtant son Règne arrive.

Ne nous désolons pas ! Jésus n'est plus visible, mais son Règne dans l'Esprit se manifeste chaque jour, ne serait-ce qu'à travers les fameuses "vertus chrétiennes devenues folles". Voyez l'affaire Hanouna. L'animateur a manqué de délicatesse envers les homosexuels, il doit - au minimum - s'en excuser...

"Seigneur est-ce maintenant que tu vas rétablir la Royauté en Israël ?". Nous comprenons bien que la parole des apôtres, qui semblent s'être mis tous ensemble (sun-elthontes dit le grec) pour poser cette question qui leur brûlait les lèvres, est comme l'explication involontaire qui traverse toute cette scène. Les apôtres qui posent cette question ne sont pas n'importe qui. Ils sont déjà les témoins de Jésus ressuscité. Il l'appelle "Seigneur", ils lui donnent, ce disant, son nom divin. Ils savent que ce Royaume est le but de la venue du Christ sur la terre. Il l'a revendiqué haut et fort devant Pilate (Jean 18) : "Tu le dis toi même, je suis roi. Voici pourquoi je suis né, voilà pourquoi je suis venu dans le monde, pour rendre témoignage à la vérité". La vérité et le royaume sont une seule et même réalité cachée. C'est sans doute cela qu'ils n'ont pas compris.

Pour eux, comme pour les intégristes musulmans d'aujourd'hui, le Royaume de Dieu n'est pas spirituel, il est terrestre : "C'est maintenant...". Pour ces juifs pieux que sont les apôtres, le Christ joue avant l'heure le rôle du Mahdi ou de l'imam caché. Oui, pour eux le Royaume de Dieu, c'est maintenant. ils n'ont pas pris garde au faut que Jésus parle plus souvent du "Royaume des cieux" pour signifier que ce Règne qui peut s'exercer  sur la terre, est avant tout spirituel et intérieur. La justice, c'est maintenant ; l'égalité c'est maintenant ; la solidarité c'est maintenant... Non ! Ce n'est pas maintenant. Attention de ne pas céder à la tentation de "temporaliser le Royaume de Dieu" comme disait Jacques Maritain. Sur terre, rien n'est parfait comme dit Madame Michu.

Ce qui se joue dans le temps, ce qui est représenté dans le vieil et magnifique octave de l'Ascension, indûment supprimé, c'est la spiritualisation progressive des hommes que Dieu a choisi comme des frères et des soeurs de son Fils. Le Royaume de Dieu vient chaque jour sans bruit dans le coeur de l'homme, chacun tâchant de se relier à "la vérité première" par une alliance définitive.

samedi 8 avril 2017

La Semaine sainte au Centre Saint-Paul


Dimanche 9 avril : Dimanche des Rameaux :

11 H : Bénédiction et distribution solennelle des Rameaux. Passion selon saint Matthieu. Distribution des Rameaux à 9 H, 10 H, 12 H 30, 19 H
A 18 H : dernier sermon de Carême : l'identité selon les papes de Jean-Paul II à François

Mardi 11 avril : Mardi saint
20 H : Ténèbres anticipées du Vendredi saint

Mercredi 12 avril : Mercredi saint
19 H : Passion selon saint Luc. A Notre-Dame de Paris messe chrismale à 18 H 30

Jeudi 13 avril : Jeudi saint
19 H : Messe vespérale avec le lavement des pieds. Veillée au Reposoir
(De 18 H à 19 H 30, sur Radio Courtoisie, émission préenregistrée dans laquelle Anne Le Pape reçoit Marie-Thérèse Huguet et l'abbé de Tanoüarn : explications sur la Semaine sainte).

Vendredi 14 avril : Vendredi saint
15 H Chemin de la Croix, suivi de la vénération de la Sainte Croix

19 H : Office des présanctifiés, Impropères, Prière universelle, Lecture de la Passion selon saint Jean.

Samedi 15 avril : Samedi saint
21 H 30 : Veillée pascale, bénédiction du feu, Exsultet, Lectures, Consécration de l'eau baptismale, Baptêmes d'adultes, Renouvellement des voeux du baptême, Messe de Pâques

Dimanche 16 avril : saint jour de Pâques
Messes à 9 H, 10 H, 11 H, 12 H 30, 19 H

Les confessions seront assurées tous les jours de la semaine de 9 H à 13 H et de 15 H à 19 H

Adresse 12 rue Saint-Joseph 75 002. Bus 39, 87 Métro Sentier ou Bonne-nouvelle
Renseignements complémentaires : 0615107582




mardi 28 février 2017

Un Carême sur l'Identité

Chers amis, je me permets de donner les heures des cérémonies d'entrée en Carême, ainsi que le programme des Sermons de Carême que je propose cette année.
  
Mercredi 1er mars les messes sont à 8H00 (messe basse) et à 19H00 (messe chantée). Les cendres seront distribuées avant (et même après) chaque messe.. J'assurerai les confessions entre 17H00 et 19H00.

Les messes des dimanches de Carême ont lieu comme d'habitude à 9H00, 10H00, 11H00, 12H30 et 19H00.

Chaque dimanche à partir de dimanche prochain, je prêcherai, à 18H00, un Carême, intitulé cette année Identité et christianisme.

En voici le programme. Le sujet est rebattu c'est vrai, mais il n'a jamais été abordé formellement du point de vue spirituel, où nous allons nous placer. Pour ceux qui le souhaitent, une messe est célébrée immédiatement après, à 19H00.
  • Dimanche 5 mars, 18H00 : Je crois donc je suis : la foi, notre identité à tous
  • Dimanche 12 mars, 18H00 : La charité nous presse : au-delà du compassionnel, la lumière
  • Dimanche 19 mars, 18H : L'Eglise, mère et maîtresse des peuples, significations du christianisme culturel
  • Dimanche 26 mars, 18H00 : Le spirituel et le charnel, création et recréation
  • Dimanche 2 avril, 18H00 : Notre Dieu en chair et en os, de l'incarnation à l'inculturation
  • Dimanche 9 avril, 18H00 : Jean-Paul, Benoît et François, trois théologiens de l'identité

CENTRE SAINT PAUL
12 rue Saint-Joseph
75002 PARIS
Tél.: 09 52 21 77 89
M°: ligne 3 (Bourse / Sentier), lignes 8 et 9 (Grands Boulevards)

samedi 25 février 2017

Païen et chrétien

Un film par an sans subvention d’Etat, sur les sujets les plus difficiles. Une telle fécondité est exceptionnelle. Une telle habileté pour se contenter de budgets microscopiques et faire au mieux avec, cela relève du miracle. Quel miracle ? Celui d’une volonté en acte, qui se sait mystérieusement plus forte que tous les obstacles. Voilà Cheyenne-Marie Carron, une réalisatrice atypique, qui nous offre un monde dans chaque film, avec une générosité sans cesse renouvelée, une sorte de jubilation créatrice, qui dépasse les scénarios attendus et nous propose hardiment une vérité cachée, une vérité à laquelle nous n’avions pas osé penser. C’est l’Apôtre, ce musulman qui se convertit au christianisme parce qu’il a compris la Paternité de Dieu. C’est Patries, avec ce jeune Camerounais qui ayant appris beaucoup de choses en France, ne se satisfait pas de la vie médiocre qu’offre la Banlieue et envisage de revenir au Pays comme entrepreneur. C’est La chute des hommes, dans lequel Cheyenne montre des djihadistes au désert, qui exécutent des otages et se battent entre eux pour la gloire d’Allah ; et puis l’un d’eux qui, devant l’horreur, retrouve sa foi chrétienne, au milieu des cadavres, non pas malgré ce qu’il a fait mais à cause de la brutalité d’un engagement, qu’il finira par renier.

Et voici en 2017 La morsure des dieux. Nous ne sommes plus au Désert, mais en plein Pays Basque, cette terre de caractère, dans laquelle les dieux des morts continuent leur sarabande à l’insu de la plupart des vivants, qui ne veulent rien entendre. Il y a bien – on les aperçoit dans le film – quelques hommes-brebis qui continuent à danser, mais ces démonstrations relèverait du pur folklore si certains êtres ne continuaient pas à vibrer à l’intime d’eux-mêmes pour le vieux Pays, qui persiste dans sa vie cachée tant que certains de ses rejetons perçoivent sa musique, et mettent leur musique intérieure au diapason des Tradition du monde dont ils sont issus. 

En regardant ce film, j’ai pensé au très beau roman d’Eugène Green, La bataille de Roncevaux, qui met en scène, lui aussi, ce pays qui refuse de mourir. Pour tenter de découvrir l’énigme qui constitue le Pays basque, Eugène Green a écrit une sorte de roman policier. Ne s’agit-il pas d’un secret à trouver? Le genre «policier» semble éminemment adapté pour poser cette énigme. Cheyenne Carron a fait l’option inverse. Rien à voir avec un roman policier ! Cette énigme est déjà donnée, comme l’énigme antique proposée par la Sphinge de Thèbes, la solution est dans la question qu’il suffit de bien lire, de bien voir. Elle est à portée de main ? Disons à portée d’objectif. Ce que propose la réalisatrice, à l’inverse d’Eugène Green, ce n’est pas un secret caché. Il suffit de percer la magie des images : que nous acceptions de voir ce que l’on ne sait que regarder… La beauté des images, dans ce film, invite avant tout à abandonner le Moi, pour une vérité hors de moi, une vérité qui n’est pas cachée mais trop apparente, trop offerte pour être vue, vérité dans laquelle Sébastien s’est cherché et croit s’être trouvé ; vérité dans laquelle Juliette est déjà de plain-pied, vérité cosmique, essentiellement féminine, vérité qu’il ne faut pas chercher si l’on veut la trouver, car elle est toujours déjà là.

Sébastien, ce jeune agriculteur, qui a repris des terres ancestrales pour y élever des chèvres, a compris la beauté de cette quête païenne de l’Origine du monde. Mais c’est un homme, il lui faut intellectualiser sa recherche. Il s’est donc constitué un petit autel, avec Cernunos, le dieu Cerf et Mari, la déesse mère vénérée par les Basques. Il connaît le chemin de la source sacrée, qui guérit ceux qui y ont recours. Il prie à l’Eglise aussi, où il retrouve l’ombre de sa mère. Il lui arrive de lire, Henry Miller : il s’identifie à la quête hellénique de l’auteur du Colosse de Maroussi. Mais surtout il milite et tente de constituer, avec les paysans, une Amap, qui soit comme un clan des paysans et leur permette d’échapper aux tarifs léonins pratiqués par le Supermarché voisin. Si la terre se meurt, il est en quelque sorte payé pour le savoir, c’est avant tout parce qu’elle ne permet plus aux hommes qui la cultivent d’en vivre, ou plutôt parce que le Système financier, qui broie les hommes faibles, quelque bienveillants qu’ils soient, ne permet plus une commercialisation normale de ses produits.

Quant à Juliette, elle a compris qu’elle était sa parèdre, que telle était sa place ou son destin, que l’Ordre cosmique ou le Fatum en avait décidé ainsi. Sans doute émue par la pureté de Sébastien, de son enthousiasme et de son engagement, elle choisit d’être à ses côtés, avec une tranquille assurance, sans se laisser impressionner plus que cela par les rebuffades qu’elle subit d’abord, avec, je dirais cette infaillibilité qui caractérise la femme amoureuse. La croix qu’elle arbore tranquillement sur sa poitrine ne laisse aucun doute : elle est chrétienne. Apparemment donc, elle vit à des années lumières de Sébastien, qui se met en tête de l’initier aux Puissances de la nature qu’il révère. Drôle d’entrée en matière ! Elle se laisse faire, souriante, mais au fond n’est-ce pas elle, n’est-ce pas son amour si supérieur à toutes les amourettes de rencontre, programmées sur Internet, n’est-ce pas sa sérénité tranquille qui leur permettra, à tous deux, de communier avec le cosmos?

Sébastien est inquiet, mental et militant. Au fond il n’a pas trouvé, parce qu’il n’a pas vu, pas encore, que Juliette est tout ce qu’il cherche, et que son christianisme semble la renforcer encore dans son éloquence muette, en l’ancrant inconditionnellement dans l’Amour, comme elle le lui expliquera.

Cette histoire d’amour entre Juliette et Sébastien aurait pu être une pochade. En réalité, c’est une sorte de parabole, qui permet de comprendre les rapports entre le paganisme et le christianisme, rapports que d’aucuns dans les années 70 avaient voulu rendre conflictuels, en les badigeonnant d’un nietzschéisme de bazar, rapports que Cheyenne Carron pressent comme absolument complémentaires, et je dois dire que sur ce point je ne saurais lui donner tort. Il y a une étroite symbiose, mais elle est à redécouvrir aujourd’hui, entre l’arbre de la nature et l’arbre de la grâce, comme parle Péguy. Quand l’arbre de la grâce est raciné profond » il est plein d’une sève naturelle, qui le fait vivre.  A ce moment, on peut dire avec saint Thomas d’Aquin que « la grâce agit selon le mode de la nature ». 

Je ne veux pas transformer cette critique agréable en un article de théologie, mais il faudra le faire, cet article, et y venir : l’actuelle faiblesse du christianisme en Europe n’a-t-elle pas son origine dans le divorce entre la nature et la grâce, opéré fort légèrement par de soi-disant spécialistes de la Pastorale, soucieux de faire des petits chrétiens propres sur eux, comme on fait les cornichons : en bocaux ? Marcel De Corte, Gustave Thibon, Charles Péguy, Gilbert Keith Chesterton l’ont pensé très fort… Cheyenne-Marie Carron nous le montre en images. Son héros, Sébastien, part en moto à travers l’Europe pour digérer son échec. Mais il sait bien que son équilibre, il le retrouvera, pour l’épouser lui-même, dans ce que j’aimerais appeler le catholicisme médiéval de Juliette.